Le Tribut des Cent Demoiselles et l’Apôtre

Mauregato

L’histoire légendaire du Tribut des Cent Demoiselles est lié à la figure historique de Mauregato, proclamé roi des Asturies en 783. D’origine obscure: On ne sait quand il est né et la légitimité à la quelle il prétendait était d’être le fils bâtard du roi Alfonso I le Catholique (sic) et de son esclave musulmane Sisalda. On comprend bien qu’avec de telles origines ce roi n’ait pas fait rédiger la chronique de sa lignée ni de son enfance qui restent méconnues.

On croit qu’il prit le pouvoir se faisant le chef d’une partie de la noblesse asturienne avec la quelle il aurait expulsé du trône de  Oviedo le roi légitime Alfonso II, qui pour sauver sa vie dut se réfugier en Alava. On pensé aussi que dans l’accès au pouvoir de Mauregato l’émir de Cordoue eut un rôle favorable car il contrôlait presque toute la péninsule.

C’est ainsi que en échange de son appui, Abderraman I lui exigea un tribut qui serait la reconnaissance de soumission de ce chrétien à son autorité. Mauregato devait remettre chaque année cent jeunes filles vierges. L’émir pourrait ainsi renouveler son harem, les utiliser comme servantes ou les vendre comme esclaves. Mauregato accepta et instaure cette humiliante tradition du tribut des cent demoiselles.

Tributo de las cien doncellas y el Apóstol

La paix dura bien peu car Mauregato fut assassiné cinq ans plus tard par les nobles Don Arias et Don Oveco qui alléguèrent qu’ils le tuaient en représailles pour avoir instauré un tribut aussi humilient. Mauregato fut enterré dans l’église de San Juan de Santianes à  Pravia(Asturies). Son tombeau ne comporte aucun ornement, seulement une inscription : «  Hic iacet in Pravia qui pravus fuit » )(.Ci git en Pravia celui qui fut dépravé).

La relation de forces entre les musulmans et les chrétiens évolua, se renforçant quelque peu la situation des goths réfugiés dans les montagnes des Asturies. En 795 l’armée des asturiens causa une cuisante défaite aux musulmans dans le défilé de Lodos, proche du village asturien de Lodares. Par conséquent, le roi Alfonso II le Chaste annula la remise des cent demoiselles. Mais dix ans plus tard les circonstances devinrent adverses aux chrétiens dans ces combats avec les musulmans.

L’émir de Cordoue, Abderraman II, exigea à Ramiro I de León le rétablissement du tribut des cent demoiselles. Le roi de León étant dans un moment crucial de faiblesse militaire fut obligé d’accepter et après avoir consulté ses conseillers  cet  ne put s’opposer à cet envoi de cent demoiselle considérant ce fait moins dangereux qu’une invasion catastrophique de son royaume. De même que du temps de Mauregato, les hérauts du roi se mirent à parcourir le pays pour communiquer  aux habitants du royaume cette obligation de choisir cent demoiselles pour les envoyer toutes ensembles à Cordoue.

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Les dirigeants d’un village de Valladolid décidèrent d’obéir  à cette terrible obligation qui leur était imposée, mais ils décidèrent aussi de montrer au roi et à l’émir leur énorme mécontentement et le fait qu’ils refusaient d’être des pantins aux mains des puissants. Ils envoyèrent donc les sept demoiselles qui leur correspondaient…mais la main gauche leur ayant été coupée. Ce geste terrible de défit rendit le village célèbre dans le temps, donnant à la ville d’origine de ces sept demoiselle le nom de : Simancas. Recevant ce lot mutilé, Abderraman s’indigna, renvoya les jeunes filles et exigea que sept autres lui soient remises. Face à cette nouvelle situation, et connu le geste rebel des habitants de Simancas, le roi Ramiro I comprit le geste de ses vassaux et réagit refusant cette nouvelle exigence. Puis il rassembla ses troupes pour faire face à une probable invasion musulmane. Comme prévu, l’armée musulmane prit le chemin du nord pour réduire les chrétiens et les obliger à remettre le tribut. Les deux armées se heurtèrent dans le champ de Clavijo – près de Logroño – le 23 mai 844.

Tributo de las cien doncellas y el Apóstol
Clavijo

Après un premier affrontement désastreux, les chrétiens se trouvèrent dans une situation très difficile, mais surent se retirer sans souffrir une défaite définitive. Pendant la nuit, le roi Ramiro eut une vision de l’Apôtre Saint Jacques qui promit son aide au monarque lorsqu’il reprendrait le combat. Le lendemain, au moment de reprendre la lutte, les chevaliers chrétiens virent comment un guerrier impétueux monté sur un cheval blanc s’unissait à l’avant-garde de troupes de León et les dirigeait jusqu’à obtenir une victoire certaine mais inattendue. A la fin des combats, le chevalier blanc disparut sans que quiconque ait pu le reconnaître ni même le remercier. Le roi Ramiro pensa que ce chevalier était l’apôtre Saint Jacques.

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Très reconnaissant pour cette aide, Ramiro établit le Vœux de Saint Jacques, qui consistait dans une profession de foi par la quelle dès ce moment, l’armée du roi réserverait à l’apôtre une partie du butin obtenu de toute bataille contre les maures. Cela signifiait que l’on considérait Saint Jacques comme un chevalier de plus. Outre représenter les remerciements pour l’aide apportée lors de la bataille de Clavijo, ce Vœux pourrait être compris comme une sorte de précédent des bonus actuels que reçoivent les directeurs d’entreprises lorsqu’ils atteignent certains niveaux de bénéfices, car en le comprenant parmi les parts de butin on appelait à d’ultérieures apparitions  salvatrices de l’apôtre sur des terrains de combats. Différentes chroniques citent la venue du bras providentiel de l’apôtre  dans les batailles contre les infidèles. On croit que Saint Jacques fut le chevalier inconnu qui par surprise aida les chrétiens durant les sièges de villes musulmanes de Coimbra(Portugal) et Mérida. On croit aussi que ce fut Saint Jacques le chevalier blanc qui brilla durant la bataille de Simancas, bien que cette fois là un autre chevalier inconnu l’accompagnait, le quel pourrait bien – selon certains indices – être son homonyme «  castillan »”: San Millán.

Ces interventions du saint au cours des batailles lui valurent l’appellation justifiée de « Matamoros· »(Tue  maures) Au XVIe siècle il n’y avait plus d’infidèles à tuer dans la péninsule et Saint Jacques s’en fut aux Amériques avec les conquérants, venant en aide à Hernan Cortes. Étant donné que le Saint n’apparaissait que pour les combats et ne participait par à la répartition du butin, on décida que l’évêque de Compostelle recevrait celui-ci au nom de l’Apôtre.

Ce renouvellement d’accord d’assistance militaire, par le Vœux a lieu encore chaque année, chaque 25 juillet – jour de la Saint Jacques – dans une cérémonie solennelle. Les siècles suivants, les espagnols firent la conquête de territoires en Amérique, en Asie et en Afrique, dominant les champs de batailles durant les siècles XVe, XVIe et une bonne partie du XVIIe. Un tel succès a fait que l’on ait amplifié la tutelle de Saint Jacques le nommant Patron de toute l’Espagne.

Par la suite, dans le but d’amplifier l’aide de l’Apôtre pour toutes sortes de nécessités et de rendre  ce revenu stable, on décida de substituer le butin de guerre par une « dîme » additionnelle sur les récoltes de céréales. Cette dîme supposait aussi un apport variable, dépendant de la météorologie sur laquelle le Saint devait jouer de son influence. À l’Apôtre Saint Jacques un apport annuel lui était garanti, qu’il y ait guerre ou non. Le nouvel impôt s’ajoutait aux prémisses (remise des premiers fruits) qui correspondaient déjà aux églises consacrées de chaque circonscription. Puisque le Vœux était touché par les paroisses situées entre la Galice et la Rioja, une énorme quantité de céréales enrichit pendant des siècles le diocèse de Compostelle, contribuant à financier les merveilles architectoniques et ornementales que l’on peut admirer à Saint Jacques de Compostelle (La Coruña).

Le Voeux fut maintenu jusqu’à 1812 et fut aboli par les Cortes de Cadiz ainsi que d’autres privilèges de l’Ancien Régime. Saint Jacques est toujours le Patron de l’Espagne et chaque année a lieu dans la cathédrale  de la ville de  Saint Jacques de Compostelle une cérémonie solennelle qui lui est consacrée.

Texte d’Ignacio Suarez-Zuloaga et illustrations de Ximena Maier

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